Essais cliniques

La liste des effets indésirables sur les notices des médicaments peut donner des frissons, mais qui les lit de toutes façons ?  Nous faisons confiance au pharmacien qui vend le médicament, au médecin qui l'a prescrit, au laboratoire qui a effectué des tests de sûreté et à l'Afssaps qui a autorisé sa mise sur le marché. Les médicaments ont bien été testés lors de différentes phases mais ne sont pas pour autant sûrs et efficaces.

Expérimentation pré-clinique sur l'animal

Bien qu'une partie de la Recherche et du Développement des médicaments se fasse grâce au criblage à haut débit (High Throughput Screening – HTS) et à des études in vitro, les animaux sont utilisés dans les essais pré cliniques, préalables aux essais effectués sur l’homme.

La réglementation oblige les laboratoires à tester leur nouveau médicament sur deux espèces: des rongeurs (souris, rats) et des non-rongeurs (chiens, primates).

Les observations permettent de déceler les problèmes de toxicité aiguë d’atteintes organiques, d’effets indésirables liés à la dose, de troubles métaboliques, de pharmacocinétique, de carcinogénécité et de mutagénécité/tératogénécité... pour ces animaux.

File 733En cas de catastrophe médicale, les laboratoires peuvent se dédouaner en disant que les tests sur animaux s'étaient pourtant révélés bons.

Cela ne les préserve pas de débourser des sommes colossales en conciliations et dédommagements suite aux plaintes de victimes d'effets secondaires de médicaments.1
Vu les différences génétiques, métaboliques, immunitaires, hormonales, physiologiques et comportementales qu'il existe entre les espèces, les animaux ne développent pas les mêmes maladies et ne répondent pas aux produits chimiques de la même manière que nous (voir le chapitre "Raisons scientifiques"). Il faut aussi prendre en compte qu'une substance chimique peut se révéler toxique pour l'humain sur le long terme et que les cocktails de produits chimiques ne peuvent pas être testés avec le modèle animal.2

 

Essais cliniques sur les humains

Après avoir été testé sur les animaux, un nouveau médicament est testé sur (seulement) 500 à 5 000 personnes avant d'être mis sur le marché.3

Phase I - Les toutes premières données humaines
Il s'agit d'évaluer la tolérance et l'absence d'effets indésirables chez des sujets volontaires sains et dans certains cas des patients malades. Cette phase permet également d'étudier la cinétique et le métabolisme chez l'homme de la substance étudiée. Elle se fait sur 20 à 50 volontaires.
En général, on prend des hommes blancs qui ont entre 25 et 35 ans, non fumeurs, de taille et de poids moyens.

Tout cela n'est pas par hasard:

  • les humains de type caucasien subissent moins d'effets secondaires que tout autre type (asiatique, africain, etc.).
  • les hommes subissent moins d'effets secondaires que les femmes.

Phase II
Elle consiste à déterminer la dose optimale du médicament concerné par l'étude et de contrôler les effets secondaires sur de vrais malades. Elle requiert 150 à 350 malades qui pourront peut-être bénéficier du nouveau médicament.

Phase III
Essais sur 250 à 4000 groupes de patients plus variés pour déterminer l’innocuité et l’efficacité à court terme.

Phase IV - Post-marketing
Études après mise sur le marché. Permet de dépister des effets secondaires rares ou des complications tardives.

Cobayes au rabais

De par l'histoire, des humains ont été utilisés dans des expérimentations officielles ou secrètes, certains se sont portés volontaires alors que d'autres ont été bernés ou obligés. Aujourd'hui, pour réduire leurs dépenses et avoir un meilleur contrôle sur les études, certains grands laboratoires effectuent des essais cliniques dans des pays en voie de développement, là où les législations sont plus souples et les cobayes moins rémunérés et mal informés sur les risques encourus. Jean-Philippe Chippaux a écrit un article fort évocateur sur les « pays du sud » dans Le Monde Diplomatique4

À l'instar des pays africains, l’Inde est récemment devenue la première destination d’Asie pour la réalisation de tests thérapeutiques par les laboratoires pharmaceutiques occidentaux. En été 2008, The Times of India a révélé que 49 bébés étaient décédés suite à des tests cliniques. Le même été, l'Argentine aussi a fait couler de l'encre avec la mort de ses 12 bébés qui avaient servi à tester des vaccins expérimentaux.5

Médicaments rejetés lors des essais cliniques

Le modèle animal
D'après la FDA, environ 92% des médicaments validés sur des animaux sont rejetés lors des essais cliniques. Le médicament s'est révélé inefficace ou trop dangereux pour une mise sur le marché.
Connaissez vous beaucoup d'entreprises pour qui 8% de réussite est acceptable ?
Si un médicament passe avec succès les essais cliniques et se fait commercialiser, il a une chance sur deux d'être retiré du marché ou ré-étiqueté suite à la découverte de nouveaux effets indésirables !6
Ceci démontre que l'animal n'est pas un modèle pour l'homme.

Le laboratoire commanditaire des essais cliniques est propriétaire des résultats, il peut décider ou non de les publier dans la presse médicale. Les médecins investigateurs et les cobayes sont tenus au secret médical. Malheureusement, ne publier que les résultats positifs ne fait pas avancer la sûreté des médicaments.

La quasi totalité des médicaments candidats sont rejetés pendant les essais cliniques pour cause d'inefficacité ou de toxicité mais on entend rarement parler des effets indésirables subis par les cobayes humains. De par sa gravité, la tragédie du TGN1412 a fait couler de l'encre et sérieusement remis en question l'utilisation du modèle animal pour développer et tester les médicaments destinés à l'humain.

En mars 2006, six jeunes hommes ont frôlé la mort en participant à un essai clinique pour tester un nouveau médicament, l'anticorps monoclonal TGN1412.

Moins d'une heure après l’injection du médicament, les volontaires se sont plaints de maux de tête, d'une transpiration excessive et de sensations de brûlure. Dans les heures qui ont suivi, les effets indésirables se sont aggravés avec vomissements et pertes de connaissance. La tête d'un des jeunes hommes a tellement enflé qu'il avait l'impression qu'elle allait exploser (sa tête avait la largeur de son torse). Le cou d'un autre volontaire a triplé de volume.

Ils ont tous été placés en soins intensifs et deux d'entre eux ont été plongés dans un coma artificiel. Par la suite, un des volontaires a dû se faire amputer de trois doigts et tous ses orteils à cause d'une gangrène.

Les six hommes ont tous de graves défaillances d'organes (coeur, reins) et vont probablement développer des cancers d'après le Professeur Richard Powell, de l'Université de Nottingham. Il dit que ce médicament qui était destiné à soigner les désordres auto immuns comme la sclérose en plaques et la leucémie, encourage au contraire le cancer et les maladies auto immunes chez les six hommes.7

Les tests pré-cliniques avaient déduit que le médicament était sûr pour les humains suite aux tests sur des rats, des lapins et des macaques cynomolgus. Ces derniers avaient reçu une dose 500 fois plus importante que celle administrée aux volontaires.

Alors, qui sont les vrais cobayes ?

Les humains sont officieusement les vrais cobayes des industries pharmaceutiques, chimiques et agro-alimentaires. Puisqu'aucune espèce n'est le modèle biologique d'une autre, c'est lors des essais cliniques (phamacologie) et/ou de la mise sur le marché d'un produit que l'on découvre ses effets secondaires.

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