Ce médicament, un sédatif prescrit aux femmes enceintes contre la nausée matinale, était sur le marché entre 1957 et 1962. Il a été vendu dans 46 pays sous 37 noms différents (Softénon, Talimol, Kevadon, Nibrol, Distaval, Sedimide, Quietoplex, Contergan, Neurosedyn, etc.).
Ses effets tératogènes (développement anormal du fœtus) étaient inconnus et près de 12 000 enfants sont nés avec une malformation de leurs membres et/ou de certains organes. Trois années de tests pré-cliniques sur des animaux et les essais cliniques sur l'homme n'avaient pas prédit ces malformations. Il faut préciser qu'à l'époque, les tests ne portaient pas sur l'effet tératogène des médicaments mais que même si de tels tests avaient eu lieu, ils n'auraient pas éveillé d'inquiétudes.
Lors de sa mise sur le marché, le médicament était réputé très sûr pour les femmes enceintes - tellement sûr que l'on pouvait l'acheter sans ordonnance en Allemagne de l'Ouest.1
Des médecins et des épidémiologues ont vite fait une corrélation entre le médicament et les malformations observées chez les nouveau-nés mais le laboratoire Chemie Grünenthal a longtemps réfuté cette possibilité. Le médicament a fini par être retiré du marché en 1962.
À partir de là se sont enchaînés les tests sur animaux pour essayer d'obtenir sur eux les mêmes effets tératogènes que chez les humains - probablement pour tenter de montrer que l'expérimentation animale peut être fiable. D'après le docteur John Schardein, un spécialiste des malformations à la naissance, la Thalidomide aurait été testée sur plus de 50 races et espèces différentes, ne causant des malformations que fortuitement.3
En décembre 1970, après un procès qui a duré plus de deux ans, il fut enfin reconnu par une cour de justice allemande, et suivant les témoignages d'un comité d'experts en expérimentation, que « les tests sur les animaux faits de manière systématique ne pouvaient pas être fiables pour la sécurité humaine.».4
Plus de tests sur les animaux n'auraient pas empêché la mise sur le marché de la Thalidomide car son effet tératogène ne se manifeste presque jamais chez les animaux, même à de très fortes doses.
De nos jours, des cellules embryonnaires (stem cells) sont utilisées dans de nombreuses applications pour des tests en rapport direct avec la teratogénicité.
