Article pour les enfants

Antidote pour tous

Écrit par Hélène Sarraseca, pour La Notice d’Antidote n°14 ; mars 2008

Nous avons été sollicités par la "SPA Jeunes" pour expliquer en termes simples, l'objet de notre action. Cette association, qui travaille au contact d'enfants et d'adolescents, a remarqué que ceux âgés de 10 à 14 ans semblaient les plus réceptifs à son message. Un grand espoir, puisque ce sont les adultes d'un demain très proche. Nous avons rédigé ce texte à leur intention et souhaitons bonne lecture à tous les enfants... de 7 à 77 ans !

Antidote Europe est une association créée par des chercheurs qui ne sont pas d'accord avec d'autres chercheurs. Hé non ! Tous les chercheurs ne sont pas d'accord entre eux...

Beaucoup de chercheurs disent qu'il faut faire des expérimentations sur des animaux pour mieux soigner les hommes. Par exemple, que si on donne un produit chimique à une souris et qu'on voit que la souris meurt, on saura que ce produit est mauvais et qu'il ne faudrait pas le prendre pour nous. Seulement, ces chercheurs se trompent et on sait très bien qu'il ne faut pas donner de la pénicilline à des cochons d'Inde parce que c'est un poison pour eux alors que cet antibiotique a sauvé des millions de vies humaines.

En mars 2006, à Londres, on avait donné un produit appelé "TGN1412" à des lapins et à des singes qui s'en sont bien portés. Mais quand on l'a donné à six hommes, les six ont failli mourir et certains vont garder des séquelles toute leur vie.

Expérimenter sur des animaux ne sert à rien, donc. À Antidote, on a compris pourquoi. C'est très simple.

File 772Une chatte ne peut pas avoir des petits avec un lapin, ni une brebis avec un bouc, ni une jument avec un taureau ! Pour faire un petit, il faut que chaque parent donne une cellule, qui contient des chromosomes, qui contiennent des gènes. C'est parce qu'une chatte a les gènes qu'elle a (et personne n'y peut rien !) qu'elle est une chatte et non une lapine. Une chatte a à peu près les mêmes gènes qu'un chat et c'est pourquoi ils peuvent faire des chatons qui leur ressembleront.

Chaque espèce animale a des gènes qui lui sont propres et qui déterminent les propriétés de l'espèce : la longueur des pattes ou des oreilles, mais aussi le fait que la pénicilline soit un poison pour l'une et pas pour l'autre, et d'autres propriétés encore qui font qu'aucune espèce animale ne peut servir de modèle pour une autre.

Il y a très longtemps, on ne connaissait pas les cellules, ni les chromosomes, ni les gènes. On ne savait même pas que le sang circule dans les artères et les veines grâce aux battements du coeur, ni que le foie garde en réserve du sucre quand nous en mangeons trop pour le rendre à nos cellules quand elles en ont besoin - certains sucres fournissent de la bonne énergie pour nos cellules, mais pas le sucre blanc ! Quand on ne savait pas tout cela, des chercheurs se sont mis à disséquer des animaux morts et aussi à faire des expérimentations avec des animaux vivants... pour voir ce qu'ils pouvaient apprendre.

Certains étaient déçus et voulaient faire ces mêmes dissections et expérimentations sur des hommes, parce qu'ils voyaient bien que ça ne donnait pas toujours la même chose. Et parfois, du temps de certains peuples anciens, ils obtenaient qu'on les laisse expérimenter sur des hommes condamnés à mort. Aujourd'hui, on expérimente de nouveaux médicaments sur des hommes et même sur des enfants ; ils sont volontaires et on leur explique l'intérêt de ces expériences, mais, sans culture scientifique, peuvent-ils vraiment comprendre à quoi ils s'exposent ?
Les volontaires de Londres auraient sans doute refusé s'ils avaient vraiment compris...

À Antidote, nous pensons que ce n'est pas très scientifique d'exposer des êtres humains juste parce que des essais sur des animaux ont donné de bons résultats. La science doit progresser par l'application de la logique et non en continuant à faire toujours les mêmes erreurs. Quand on sait que toute maladie commence quand un groupe de cellules ne fait plus correctement son travail dans notre corps, la logique voudrait qu'on étudie des cellules. C'est ce que nous proposons à Antidote : étudier des cellules humaines, car des cellules de chat, de lapin ou d'autres animaux n'ont pas les mêmes chromosomes ni les mêmes gènes que les nôtres et, donc, pas plus qu'en étudiant les animaux entiers, nous ne comprendrons nos maladies par l'étude de cellules d'animaux.

La bonne nouvelle, c'est qu'il est très facile de garder des cellules humaines en vie, dans de petites boîtes avec un liquide qui contient des vitamines, des sucres et tout ce dont les cellules ont besoin. On peut expérimenter sur ces cellules et voir tout ce qui leur arrive. À Antidote, nous avons fait des expériences pour voir ce qui se passe quand les cellules "avalent" par mégarde un insecticide ou d'autres substances à tenir hors de portée des enfants, ou, aussi, quand on leur donne un médicament très courant qui s'appelle "paracétamol", ou un produit qui s'appelle "parabène" et qui est très courant aussi dans des crèmes pour le visage ou des déodorants. C'est comme si nous étions entrés dans la salle de contrôle des cellules et nous avons vu chaque gène représenté par un point lumineux, qui est devenu rouge ou vert selon si l'activité du gène s'est effondrée ou, au contraire, si elle s'est accélérée après qu'on ait ajouté le produit dans la boîte où vivaient les cellules.

C'est une méthode très connue, qui s'appelle la "toxicogénomique", parce que ce sont nos gènes qui disent si le produit est toxique et si la cellule va mourir, ou si elle va devenir cancéreuse, ou, au contraire, si elle va pouvoir réparer les dégâts causés par le produit.
Quand on a compris ce que le produit fait aux cellules, on peut en déduire ce qu'il fera à un homme, ou à une femme, ou même à un foetus dans le ventre de sa maman. Les animaux ne pourront jamais nous dire cela, même quand des chercheurs font des expérimentations très chères et qui durent plus de deux ans. Les cellules, elles, nous le disent en quelques jours et pour pas cher.

File 766Le problème, c'est que trop de chercheurs ont encore l'habitude de travailler avec des animaux et ne savent pas interroger les cellules, que des lois exigent encore des essais sur des animaux parce que ceux qui font les lois n'ont pas compris que ces essais ne protègent pas du tout les hommes, et aussi, que certains industriels - qui préfèrent vendre leurs produits plutôt que de se préoccuper de notre santé - savent bien que nos gènes ne mentent pas et qu'on ne peut pas tricher avec eux comme on peut le faire avec les expérimentations sur des animaux. Alors, à cause de tout ça, nous nous battons, à Antidote, pour qu'on arrête d'utiliser des animaux. Nous informons des messieurs et des dames qui font des lois, nous informons tout le monde aussi, pour que les gens sachent que tout ce qui se fait dans les laboratoires n'aide pas forcément à ce que nous soyons en bonne santé, alors que, pourtant, beaucoup de ces expérimentations sur des animaux se font avec l'argent de nos impôts !

 

Heureusement, certains nous écoutent. Nous avons pu intervenir dans une loi européenne qui s'applique depuis le 1er juin 2007. Des journalistes nous appellent et Claude Reiss, le président d'Antidote, est passé deux fois à la télé en 2007, plusieurs fois à la radio et il y a eu sa photo dans beaucoup de journaux. Mais tout cela ne va pas assez vite. Plus on attend pour changer les lois, et plus on laisse du temps à des produits dangereux pour arriver jusqu'à nos cellules, pour provoquer des cancers, des maladies de Parkinson, d'Alzheimer, des allergies...

Il faut nous aider ! Vous pouvez nous aider en adhérant à Antidote, en parlant d'Antidote autour de vous, pour que de plus en plus de gens sachent ce que vous venez d'apprendre, pour que davantage de journalistes nous appellent et pour que les messieurs et les dames qui font des lois ne puissent plus faire comme s'ils ne nous entendaient pas.

Antidote Europe est une association à but non lucratif créée par des chercheurs issus du Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France) oeuvrant pour une science moderne et responsable.

 

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