Problèmes éthiques

D'après le Comité national de réflexion éthique sur l’expérimentation animale, "les animaux sont des êtres sensibles, capables de souffrir, dotés de capacités cognitives et émotionnelles et ayant des besoins physiologiques et comportementaux propres à chaque espèce".
Malheureusement, cela ne les dispense pas d'être utilisés dans la recherche, la toxicologie et l'enseignement. D'après les derniers chiffres de la Commission Européenne, l'Europe aurait utilisé 12,1 millions d'animaux à des fins expérimentales et scientifiques (2,3 millions en France), rien que pour l'année 2005. Ces chiffres seraient en augmentation car nous utilisons de plus en plus de rongeurs, notamment des souris transgéniques.1
 

L'éthique

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De nombreuses raisons éthiques devraient nous pousser à avoir de l'empathie envers les animaux de laboratoire. En effet, puisque les animaux ont un cerveau et un système nerveux, leurs sensations émotionnelles et physiques sont similaires aux nôtres. L'éthologie (étude scientifique du comportement des animaux dans leur milieu d'origine), nous a appris que l'animal avait une conscience et pouvait même faire preuve d'empathie et d'altruisme, des qualités habituellement attribuées seulement aux humains. Un animal peut ressentir la joie, le plaisir mais aussi la douleur, la terreur, le stress et l'ennui.

Bien que chaque animal soit doué d'une intelligence, il lui est impossible de comprendre la raison de sa captivité et le but des expériences. Même s'il les comprenait, il ne serait pas pour autant volontaire, d'ailleurs, quels que soient les arguments des scientifiques, aucun humain n'accepterait de prendre la place des animaux.

Nous sommes tous terrifiés à l'idée d'être séquestrés et torturés. Le cinéma joue même avec cette peur dans des films mettant en scène des extra-terrestres enlevant des humains pour pratiquer sur eux toutes sortes d'expériences. Nous sommes donc tout à fait capables de concevoir ce que peuvent ressentir les animaux de laboratoire mais nous nous en accommodons parfaitement.
 

Les humains se rassurent

Il est facile de se rassurer sur la légitimité de l'expérimentation animale lorsque des scientifiques, des industriels et des politiciens, qui y trouvent chacun leur compte, nous en font l'apologie. Les journalistes, quant à eux, relayent les espoirs d'avancées scientifiques sans connaitre le sujet mais ne se risquent pas à enquêter sur les vraies motivations de ces lobbyistes.

Afin de rendre l'expérimentation animale plus acceptable, des réglementations sont censées garantir le "bien-être" des animaux de laboratoire. Il faut, par exemple, « [...] réduire au minimum le nombre d'animaux utilisés à des fins expérimentales ou à d'autres fins scientifiques, assurer à ces animaux des soins adéquats, empêcher qu'aucune douleur, souffrance, angoisse ou dommage durable inutiles ne leur soient infligés [...] » (Directive 86/609/CEE)

Le terme "inutiles" est très important pour celui qui pratique l'expérience car c'est lui qui va juger de l'utilité ou non des souffrances infligées aux animaux et de la limite à ne pas dépasser.

Les protocoles douloureux doivent être déclarés à la préfecture locale et une autorisation et une évaluation complémentaires sont requises pour l'utilisation d'animaux non domestiques. Un comité d'éthique national supervise le bon fonctionnement des comités régionaux d'éthique (mais les chercheurs n'ont encore aucune obligation légale de soumettre leurs travaux au contrôle de ces comités d'éthique). 2

Même avec une cage plus grande, "pas trop" de souffrance et une petite caresse avant l'euthanasie, les animaux de laboratoire ne sont pas et ne seront jamais heureux. Les vivisecteurs leur inoculent des maladies, les intoxiquent, créent des tumeurs et des cancers douloureux, endommagent volontairement des organes, etc. Les plus "chanceux" sont les animaux qui servent de témoin aux expériences et restent indemnes jusqu'à leur euthanasie.
 

Proches ou éloignés ?

L'humain affirme depuis longtemps la supériorité de son espèce pour se distinguer des autres animaux et s'octroyer le droit de les asservir pour le bien de l'humanité.

Les scientifiques pratiquant l'expérimentation animale vont utiliser ce principe pour justifier la moralité de leurs actes. Paradoxalement, ces animaux, très éloignés de nous lorsqu'on parle d'éthique, deviennent tout à fait proches lorsqu'il s'agit d'expérimenter.

Vous pensez qu'il est justifiable et inévitable de "sacrifier" des animaux de laboratoire pour sauver des humains ?

La question ne devrait même pas se poser car, comme nous l'expliquons dans l'article « Raisons scientifiques », aucune espèce n'est le modèle biologique d'une autre et les résultats des expériences ne sont pas transposables aux humains. En fait, les tests sur animaux freinent la recherche médicale et cachent les effets secondaires des produits chimiques qui nous entourent.

Il existe des méthodes réellement scientifiques qui devraient systématiquement remplacer l'expérimentation animale, vous en découvrirez quelques unes dans le menu « Bonne science ».